To Blow – peinture acrylique sur bois (isorel) – série en cours (2018-2019).
de 30x35 cm à 55x76 cm




D'abord, il y a ce film : « Blow-up », de Michelangelo Antonioni (1968). Souvenez-vous : un photographe découvre une réalité cachée dans les buissons d'un parc. Mais cette découverte, cette réalité est révélée par l'agrandissement d'une image et de son tirage papier. Il n'avait pas vu. Elle n'était pas là. Il n'avait pas photographié « ça ». Mais d'où vient cette réalité ? Ne tient-elle que de l'image ? Vient-elle de l'imaginaire du photographe (de sa projection), ou bien est-elle concrètement inscrite dans la réalité du parc où il a fait une photo qui ne visait pas la découverte ultérieure, mais une autre action, une autre fiction au devant ? On ne saura pas. On ne saura pas objectivement. On ne saura pas le lieu effectif de cette réalité. Il y a un contexte, toujours un point pour voir. Mais on peut changer de place. Et la réalité est autre.
Ensuite, il y a une certaine tradition du paysage en peinture. Celle de la re-composition en atelier, qui est l'expression d'un idéal, propre à la peinture du XVIIe et du XVIIIe. Une peinture qui n'est pas faite sur le motif, mais d'après ce dernier, avec toute l'organisation propre à la pensée, à l'idéalité mythologique, à la gestion d'un espace de sens... en somme, une peinture où s'organise la nature selon des lois d'architecture : un monde voulu, proportionné, dessiné, qui sert une histoire. À l'âge classique, nous songeons à Claude Gellée dit Le Lorrain, ou à Nicolas Poussin. Ce sont des peintres. Mais ce sont aussi des metteurs en scène. Des scénographes. Des réalisateurs.
À l'âge Romantique, on notera Caspar David Friedrich, où éclôt le « moi » et le sentiment. Le paysage devient l'image de l'artiste lui-même, aux prises avec la création (tant artistique que religieuse). L'intériorité fait surface : elle est l'espace, les phénomènes naturels.
Enfin, dans « To Blow », il y a ce qui nous apparaît, à nous-même. Ce qui vient de là, ici, au devant de nous, ou de là : la mémoire, l'espace virtuel, intérieur. Il y a ces deux possibilités, parallèles. Et puis, il y a ce que nous désirons, et ce que nous ne voyons pas. Voir et croire voir. Sentir et penser sentir. L'Art, en cela, est révéler l'invisible. Créer ce qui n'est pas, encore. Dans les tableaux de la série (qui est plutôt un ensemble) : une narration. Une fiction. Une projection. Sans personnages, sans histoires apparentes. Mais pourtant, quelque-chose attend, quelque chose s'est produit. Un inconnu se révèle, ou est sur le point de... Nous même attendons, scrutons. Le vent ne fait pas de bruit. Le bruit, ce sont sont les feuilles et les branches, toutes les herbes qui sont traversées par lui. Alors il reste le souffle.
Finalement... il n'y a, au départ, pas d'arbre, pas d'herbes. Pas de soleil. Pas même de « nature ».
Juste de la couleur, qui est la lumière.
Tout nous attend, pour être.