Tristia

Tristia, qui veut dire « Choses tristes » en latin, est né d'un désir de confronter l'imaginaire au réel, ou de mettre en relation des lieux (chargés d'un contexte historique précis) avec leur interprétation déclinée en de multiples variations, que sont les natures mortes, les paysages et les photographies de maquettes de décors de théâtre.

Tristia est ainsi une sorte d'ekphrasis visuelle, ou une partition de musique avec ses leitmotivs. Plus précisément, Tristia s'organise autour d'éclaircies ou de brèches, qui surgissent, en couleur, tels des condensés de la matière accumulée en noir et blanc. En effet, le bouquet de fleur en tissu tient le rôle d'une ouverture qui contient tout les thèmes à venir, jusqu'à l'explosion finale dans la couleur jaune.

La série se compose de divers sujets qui tissent entre eux des liens plus ou moins étroits. Par exemple, le thème de la ruine, de la fausse ruine des parcs à folies ou «fabriques », qui s’incarne dans l’image du parc du Désert de Retz avec sa célèbre Colonne Brisée. Sans être des ruines voulues, mais s’attachant à scénographier le réel avec l’imaginaire, nous avons des images des Folies Siffait, de La Garenne Lemot et du Bois de Vincennes. Dans chacun de ces lieux, on peut déambuler, sans but précis, dans d’étranges théâtres de verdure. En réponse à ces jardins fantastiques, nous avons une vraie ruine, avec la photographie du château de la Ferté-Vidame, qui est devenu, par la force du temps, une attraction, un décor. Mais ! Les Folies Siffait, n’est-il pas un lieu qui s’abîme ? Il ne s’agit plus maintenant de distinguer le vrai du faux...

La solitude de chacune des photographies, comme étouffée dans son propre univers, confère à l’ensemble une harmonie douloureuse proche de l’accablement et de la désillusion (ne faut-il pas rappeler les oeuvres de Berlioz et de Verlaine ?). Des mécanismes de l’illusion à la désillusion (comment évoquer autrement l’image des armures vides ?) ce spectacle atemporel ne cherche pas à dire des choses neuves sur des sujets bien épuisés mais cherche avant tout à en éclater la forme et à en diversifier l’écriture.

Tristia a bénéficié, en 2011, d’une aide à la création individuelle versée par la
D. R. A. C. Île-de-France. Un livre a été créé à cette occasion (tirage : 25 exemplaires).
Un article écrit par C. Paulhan sur ce travail est disponible sur internet à cette adresse :

http://www.portraits-lagalerie.fr/blog/tag/benjamin-girard/