– interruption –



Quelque chose ne marche plus ou quelque chose manque. Une généalogie d’élipses. Sujet vivant et sujet mort, chacune des images appelle son envers. Où se trouve la part de vérité, où se loge la nécessité d’artifice ? Comment représenter plutôt que présenter ? Les images n’ont pas d’échelle – à tous les niveaux, elles se confondent.
Travail d’association et de pensée, – interruption – puise dans l’imaginaire l’essentiel de son devenir. Comme l’exprime Maurice Blanchot dans Les deux versions de l’imaginaire, l’ambiguité de l’image est au fondement de son origine : elle n’a de sens nulle-part, et ce non-lieu créé sa profondeur.

« (...) le sens n’est qu’un semblant, le semblant fait que le sens devient infiniment riche, que cet infini de sens n’a pas besoin d’être développé, est immédiat, c’est à dire aussi ne peut pas être développé, est seulement immédiatement vide. »

– interruption – est un travail de relations d’images. Le sens naît de cette relation. Les thématiques sont aussi communes qu’infinies : le temps, la profondeur, la référence mythologique. Dans tout les cas, c’est une oeuvre de Pensée. Pensée de relations, écriture d’équivalence. Représentation du sujet photographié, mais également représentation de l’essence photo-graphique : c’est à dire une étude relative entre sujet et outil.

La longueur des temps de pose utilisée pour les natures mortes n’a pas été évité dans les portraits, et, par la faiblesse de la lumière d’hiver en intérieur, la profondeur de champs s’est trouvé réduite. Cumulé à l’attente du sujet immobile, temps de pose et ouverture n’ont eu d’autre qualité que de faire venir le détail imergé dans une vision d’ensemble. Extrait et ensemble sont réunis dans l’inscription d’une même durée. La faible profondeur de champs, c’est aussi la fragilité de l’espace-temps net ; de sa variabilité et de son artifice. Net comme arrachement à la matière, le flux.

Le profil est une coupe transversalle où le temps s’étire dans la profondeur de la représentation. Les paysages sont déjà des images de paysage ; rapprochements ou agrandissement optique, ces photographies de la série ne sont qu’une autre présentation d’un document préexistant. Il y a ainsi répétition, mais répétition fragmentaire : nous n’avons pas accès à la globalité de l’original. L’agrandissement est synoyme d’autres rapports. Que la ruine s’apparente, par le truchement de la trame, aux heures les plus sombre du vingtième siècle, ne semble plus tenir du seul hasard. L’image parle un autre langage, celui du signe et de l’équivalence graphique.

Le passage de l’image, c’est une voie toujours réouverte, réempruntée ; de l’extraction à l’expression et de l’expression aux connexions. Toute image est un récit archéologique. L’image du plan (au centre de la série) est passage, à la fois par son sujet (plan d’un palais de l’époque mycénienne) et par l’espace qu’elle ouvre. Du plan s’annonce la mise au carreau dans la tradition du dessin et du report des proportions, du plan apparaît la fouille archéologique, par sectorisation du terrain, du plan s’anime l’univers concentrationnaire, enfin du plan se profile les lignes tracées sur le dépolis de la chambre optique, outil utilisé pour l’ensemble des images de la série.

– interruption – a été exposé dans la manifestation «Talents aux Arts-Déco !» en 2009 puis au Laboratoire à Paris, suite à sa sélection au Prix Leica 2009.